Six jours après un discours très commenté, l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale et président du parti Alliance pour le Changement (A.Ch), Jean-Marc Kabund, a livré une charge sévère contre la gouvernance actuelle du président Félix Tshisekedi. Il appelle à un dialogue national « impératif » pour éviter, selon lui, la fragmentation du pays
Lors d’une adresse publique à Kinshasa, Jean-Marc Kabund a dressé un tableau sombre de la situation politique, économique et sécuritaire de la République démocratique du Congo. L’ancien cadre de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), devenu opposant, a dénoncé « une gestion illicite et honteuse » du pays, marquée selon lui par une corruption généralisée au sommet de l’État.
« Les investissements productifs sont absents, les infrastructures délabrées, et les rares réalisations visibles cachent un vaste réseau de surfacturation et de détournement de fonds publics », a-t-il accusé.
Une société abandonnée à elle-même

Sur le plan social, le leader de l’A.Ch. estime que « le peuple est abandonné à son triste sort ». Il déplore le sort des fonctionnaires « contraints d’attendre jusqu’au 39e jour du mois pour toucher leur salaire », tandis que les enseignants et les médecins seraient « clochardisés ». La jeunesse, poursuit-il, « est livrée au chômage et à la délinquance », dans un contexte de précarité accrue.
Selon Kabund, la famine s’est aggravée, notamment dans les provinces de l’Est et du Kasaï, où les tensions communautaires et les déplacements de populations exacerbent la crise humanitaire.
Un Est du pays toujours meurtri
L’ancien bras droit du chef de l’État a réservé ses mots les plus durs à la situation sécuritaire à l’Est du pays, où les groupes armés continuent de sévir.
« Nos morts ne sont pas des statistiques, ce sont des mères, des pères, des enfants, des jeunes, des soldats, des citoyens, des Congolais », a-t-il insisté.
Il a pointé du doigt la rébellion du M23, soutenue selon Kinshasa par le Rwanda, qui occupe encore plusieurs localités dans la province du Nord-Kivu. « Le pays est en train de se fragmenter, se dirigeant tout droit vers sa balkanisation », a-t-il averti, accusant le pouvoir de pratiquer « la politique du déni et de la diversion ».
L’appel à un dialogue inclusif
Face à ce qu’il décrit comme une impasse nationale, Jean-Marc Kabund plaide pour la tenue d’un dialogue national inclusif. Pour lui, il ne s’agit plus d’une option, mais d’un « impératif catégorique ».
« Le refus obstiné du président Félix Tshisekedi de convoquer un dialogue politique avec l’ensemble des forces vives et des acteurs armés serait une erreur grave », a déclaré Kabund, estimant qu’une telle attitude pourrait ouvrir la voie à un « glissement du pouvoir », voire à une tentative de prolonger le mandat présidentiel au-delà des limites constitutionnelles.
Un climat politique tendu à un an des élections provinciales
Cette sortie de Jean-Marc Kabund intervient dans un climat de méfiance entre pouvoir et opposition, alors que la situation sécuritaire dans l’Est reste explosive et que la population fait face à une forte inflation.
Le camp présidentiel n’a pas encore réagi officiellement à ces déclarations, mais plusieurs observateurs estiment que l’appel au dialogue pourrait relancer le débat sur la gouvernance et la cohésion nationale.🟩 Infosspy.net — Rédaction internationale, Kinshasa


